Jean-Claude Deyres, ancien résinier au Porge, mémoire du gemmage
Jean-Claude, peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Jean-Claude Deyres. Je suis né au Porge et j’y ai toujours vécu. Je viens d’une famille de résiniers, de souche résinière, comme on disait. Mon père, mon grand-père, et même avant eux travaillaient déjà la résine. Ici, c’était presque une évidence.

Pin piqué avec un pot de récolte de résine de pin appelé le pot « Hugues »
Comment es-tu devenu résinier ?
Très tôt. Enfant, mon père nous emmenait avec lui dans la forêt quand il travaillait. On regardait, on aidait un peu. À partir de 10 ans, je ramassais déjà la résine dans les pots. À 14 ans, quand on sortait de l’école, le chemin était tout tracé : on travaillait. J’ai commencé officiellement avec mon père à 15 ans.
C’était un apprentissage sur le terrain. J’ai même fait un petit apprentissage déclaré. J’ai travaillé comme résinier pendant cinq ans, jusqu’à mon service militaire.
En quoi consistait le métier de résinier ?
C’était un métier très dur, physiquement. On travaillait dehors, par tous les temps, souvent plus de 12 heures par jour l’été. Le travail commençait vers février-mars avec le cramponnage : on installait les pots au pied des pins. Ensuite, on montait progressivement le long du tronc, année après année. On entaillait le pin pour faire couler la résine, qu’on récoltait ensuite dans des barriques. Il fallait énormément de pins : un pin donnait en moyenne très peu de résine par an. Avec mon père, on travaillait sur environ 14 000 pins à nous deux.
Qu’est-ce que représentait le gemmage dans l’économie locale ?
C’était l’activité principale de la forêt. Du Médoc jusqu’aux Landes, des centaines de familles vivaient du gemmage. Au Porge et autour, il y avait des dizaines de résiniers. La résine était vendue à la coopérative, puis envoyée à la distillerie pour produire deux éléments essentiels : l’essence de térébenthine et la colophane. C’était une économie complète, organisée, structurée. Le paiement se faisait une fois par mois, via la mairie, en fonction du litrage récolté.

Jean-Claude, alias Crabey
Pourquoi ce métier a-t-il disparu ?
Principalement pour des raisons économiques. Les industriels et les pouvoirs publics ont préféré importer de la résine étrangère, moins chère, en provenance notamment de Chine, du Portugal ou d’Amérique. La qualité n’était pas la même, mais le coût primait. Les derniers résiniers du Porge ont arrêté en 1986. Après, le métier a quasiment disparu.
Qu’est-ce qui te plaisait le plus dans ce métier ?
La liberté. On travaillait en forêt, dehors, sans horaires fixes. On gérait notre temps. C’était dur, mais on était assez libres. Et puis j’aimais profondément ce métier. J’ai gardé cet amour toute ma vie.
Aujourd’hui, ce qui me motive, ce n’est pas seulement transmettre un savoir technique. C’est partager une passion, expliquer, raconter. Je dis souvent que je “vends mon amour” de ce métier. Et les gens sont curieux, attentifs, surtout ceux qui ne connaissent pas du tout cette histoire.
Tu continues aujourd’hui à faire vivre cette mémoire ?
Oui. À travers des expositions, des visites, des interventions, et aussi mon travail sur les archives de la commune. Avec un petit groupe, on numérise, classe et sauvegarde des milliers de documents anciens. C’est un travail énorme, mais passionnant. On découvre des pans entiers de l’histoire du Porge : la forêt, la côte, le canal, la vie quotidienne d’autrefois. C’est une façon de transmettre aux générations futures.
Et en dehors du gemmage, qu’est-ce que tu aimes faire ?
J’aime bouger, bricoler, m’occuper de ma parcelle. Je fais ce que je peux, à mon rythme. Et puis continuer à m’investir pour la mémoire locale, ça me tient vraiment à cœur.
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